Distanciel/Présentiel : Vers la pérennisation du travail « hybride » ?

rédigé par Cécile Fournier - 30 juin 2021
Retour

Les confinements successifs nous ont montré les bénéfices du télétravail. En revanche, ils nous ont également rappelé l’importance du présentiel et des liens sociaux. Ainsi, un savant mélange des deux pourrait bien s’imposer comme la nouvelle façon de travailler.

À partir du mois de septembre, le télétravail même partiel ne sera plus obligatoire. Il n’en reste pas moins que le fonctionnement hybride, tel que nous le connaissons aujourd’hui, à savoir deux ou trois jours en distanciel, le reste en présentiel, a de beaux jours devant lui. Il fait des émules tant du côté des entreprises, que celui des salariés. 70 % d’entre eux disent vouloir continuer de manière régulière (32 %) ou ponctuelle (41 %) (enquête CSA/Malakoff Humanis – mai 2021). On remarque que de plus en plus de personnes ont envie de retourner au bureau. Elles veulent garder une certaine flexibilité.

Place à la flexibilité

Une observation également faite par Cloé Bourel, Talent Manager chez elinoï « J’entends souvent mes talents dire que le télétravail leur laisse le temps de cuisiner, de lancer une machine, d’aller faire du sport et en même temps de télétravailler». En somme, un meilleur équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle, essentielle dans le maintien de la cohésion et des liens sociaux, qui ont cruellement manqué à certains. Selon l’observatoire Vie au travail Viavoice, 35 % des salariés ressentent moins faire partie du collectif humain de leur entreprise. « La communication inter-équipes a fait défaut » constate Cloé Bourel. « Certes, nous communiquons très rapidement sur tout et rien grâce à Slack, mais communiquer sur tout et rien, c’est aussi ça le problème. À distance, des micro-sujets deviennent plus complexes, car on a plus de mal à se comprendre, alors que de visu, cela aurait été résolu en deux secondes » et la Talent Manager ajoute « en revenant au bureau, les gens attendent donc de retrouver une communication plus fluide ». Il faut souligner par ailleurs qu’un retour partiel sur le lieu de travail favorise la créativité et l’innovation qui ont pu être mises à mal par l’éloignement physique. En réalité, il n’est pas question de choisir entre l’un et l’autre. Mais bien de proposer une solution hybride, qui permet de n’adopter que les bons côtés de chacun. Surtout que le télétravail, si encensé ces derniers temps, entraine aussi son lot de difficultés.

Dépression, fatigue, isolement

En mars dernier, 36 % des salariés disaient souffrir de dépression (Opinion Ways). Plus de la moitié des personnes interrogées évoquaient également une surcharge de travail et des journées à rallonge. Ce que confirme Audrey Richard, présidente nationale de l’Association Nationale des DRH, qui assure que certains sont allés jusqu’au burn-out. Un sondage mené en juin 2021 pour Anact-Aract montrait que 64 % des répondants se disaient en « sur-connexion ». 50 % (contre 35 % en 2020) ressentaient de la « fatigue » et 40 % souffraient d’« isolement ». Si le fonctionnement hybride permet de pallier les défauts du présentiel et du distanciel, il y a tout de même un petit bémol. D’après la chronobiologiste Claire Leconte, alterner télétravail et bureau est un véritable changement de rythme, auquel nous n’étions pas forcément habitués auparavant, et qui n’est pas sans conséquence. La fatigue se fait davantage ressentir du fait notamment de devoir passer d’un mode « calme » à un mode plus stressant entre les transports, le port du masque, les réunions…

Des économies réalisées

Certaines entreprises se montrent plutôt favorables à ce type de fonctionnement, notamment du fait que cela permet de baisser le coût de location de bureaux, deuxième poste de dépense après les salaires. Le télétravail pourrait même réduire de 15 à 20 % les coûts immobiliers. « Je vois de plus en plus de start-ups prêtes à prolonger ce fonctionnement avec deux ou trois jours en télétravail », témoigne Cloé Bourel, « cela leur revient moins cher de payer des billets de train à des salariés, qui sont partis se mettre au vert, que de payer un loyer ». Mais attention tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes du travail possible. Il y a des irréductibles : des télétravailleurs vissés à leur home sweet home d’un côté, et des organisations qui exigent le retour total de ses ouailles au bercail. Il y a du bras de fer dans l’air.

Des salariés si bien dans leurs cocons

Certains n’ont pas l’intention de remettre les pieds dans leur bureau. En cause, ce besoin de cocooning dont parle Vincent Cocquebert dans son ouvrage « La civilisation du cocon » (Ed. Arkhê). Le journaliste atteste que cet isolationnisme volontaire infuse notre société depuis des décennies, et s’est naturellement accentué avec les divers confinements. On parle aussi du syndrome de la cabane, cette peur de se confronter à nouveau au monde. « Cette tendance au repli n’aidera pas les managers à donner envie à leurs équipes de partager un projet commun, des valeurs communes et les inciter à revenir » analyse Vincent Cocquebert « Déjà, ils multiplient en visio des moments de convivialité informelle pour que tout le monde ait l’impression de faire partie du collectif, au risque qu’ils se désolidarisent et ne finissent pas se désinvestir. » Et Cloé Bourel de confirmer « cela va être compliqué de susciter un réel engagement de la part des équipes ». La résistance pourrait être d’autant plus importante que certains craignent de perdre l’autonomie gagnée dans l’organisation de leur travail et redoute de trouver un management plus directif. Cela va être donc compliqué de les faire sortir de leurs trous sans les forceps, bien que rappelons-le, à partir du moment où l’employeur décide faire revenir les salariés sur site, ils ne peuvent pas le refuser sans justification valable. En cas d’absence, il y a risque des sanctions.

71 % des dirigeants ne veulent pas pérenniser le télétravail

D’un autre côté, des structures souhaitent mettre le haut-là au télétravail. 71 % des dirigeants interrogés déclarent ne pas vouloir le pérenniser le télétravail (baromètre Viavoice pour L’Exploratoire Sopra Steria Next et Les Échos). Les raisons invoquées entre autres : la peur d’une perte de productivité, la préservation de la cohésion sociale et le maintien d’un service de proximité élevé pour certains secteurs. Une réticence que l’on trouve plutôt du côté des PME. 77 % des chefs d’entreprise employant de 20 à 99 personnes ne veulent plus de distanciel. En revanche, 80 % des patrons de grandes entreprises, de plus de 1000 salariés, sont prêts, eux, à ce que cela entre dans les mœurs. Ainsi, le fonctionnement hybride n’a pas encore infusé toute la société. L’été sera riche en négociations entre les différents partenaires sociaux pour mettre en place éventuellement de nouvelles organisations pour cette rentrée de septembre.

Recrutez avec elinoï
Partagez cet article sur vos réseaux sociaux